Publié le 4 novembre 2021

Les complémentaires santé se doutaient que la réforme 100 % Santé changerait le comportement des assurés. Mais pas autant et pas si rapidement. Son coût et son impact sur les portefeuilles commencent à poser question : « Une déformation des portefeuilles est possible, avec un risque de report de souscription vers des contrats d’entrée de gamme » Perrine Carolo, Galea et associés.

De fait, on observe que le comportement des assurés est très différent en optique, en dentaire et en audiologie, mais il change aussi entre l’individuel et le collectif. En effet, les assurés les moins bien couverts sont nettement plus attirés que la moyenne par les offres sans reste à charge du 100% Santé.

De ce point de vue, les opticiens ne jouent pas le jeu, car ils ne présentent pas les deux devis obligatoires. Si bien que les offres 100% Santé ont fait un flop, très loin de l’objectif annoncé de 20 % du marché.

Mais, le Directeur associé du cabinet de conseil Adicéo, Sébastien Rochelle rappelle tout de même que « 92 % des personnes qui ont besoin de lunettes sont déjà équipées. Il s’agit donc d’un marché de rééquipement ».

Succès foudroyant en audiologie

Ce n’est clairement pas la même chose dans le domaine de l’audiologie, où le succès de la réforme 100 % Santé a été foudroyant : « En deux mois seulement, les ventes d’aides auditives ont doublé, commente Marianne Binst. Près de la moitié de ces ventes étaient sans reste à charge. Une adaptation aussi rapide à une réforme, c’est du jamais vu ! le prix des audioprothèses était clairement un frein à l’équipement. »

Les dentistes ont joué le jeu

C’est dans le domaine des soins dentaires que le succès de la réforme est le plus ambivalent.

D’un côté « elle a un véritable impact sur le renoncement financier aux soins, estime Alix Pradère. Plus de 6 prothèses sur 10 sont sans reste à charge, ce qui représente un peu moins de 50 % des dépenses, alors que le gouvernement tablait plutôt sur 40 %. »

Puis de l’autre côté « les prothèses ont représenté les trois quarts des prestations en dentaire, observe Perrine Carolo, actuaire consultante chez Galea et associés. Cela s’est fait au détriment des soins. » Or, « si les Français ont besoin de prothèses, c’est parce qu’ils soignent mal leurs dents » estime Sébastien Rochelle.

L’Argus a déjà évoqué le coût de la réforme pour les assureurs. « L’amélioration de la prise en charge des patients a été majoritairement financée par les complémentaires santé ».

Impact sur les équilibres techniques

Au-delà de cet impact financier, la réforme est porteuse d’un risque de bascule des contrats les plus couvrants vers des offres d’entrée de gamme. En tant qu’actuaire, Perrine Carolo appelle à la vigilance et au suivi des équilibres techniques. De son côté, Gaëlle Neveu n’a pas observé ce phénomène sur le portefeuille de la Mutuelle générale : « J’ai plutôt le sentiment que les garanties d’entrée de gamme se rapprochent de plus en plus des contrats plus haut de gamme. » Tous les acteurs n’ont pas la même perception du risque. Mais il est réel.

argus assurance

 

 

 

Argus de l’Assurance 3/11/21

https://www.argusdelassurance.com/assurance-de-personnes/san…

Actualités - Publié par Clémence BINOVSKI